Le 12 septembre 1940, sur la colline qui domine Montignac, en Dordogne, quatre adolescents se glissent dans un trou ouvert par la chute d’un arbre. Marcel Ravidat, Jacques Marsal, Georges Agniel et Simon Coencas, guidés par le chien Robot, descendent dans une galerie dont les parois se couvrent, à la lueur d’une lampe de fortune, de chevaux, de cerfs et de taureaux immenses. Ils viennent d’entrer dans l’une des grottes ornées les plus célèbres du monde, et dans un sanctuaire que des chasseurs du Magdalénien avaient quitté depuis environ dix-sept mille ans.
Une découverte en pleine guerre
La nouvelle circule vite dans la vallée de la Vézère. L’instituteur Léon Laval, puis l’abbé Henri Breuil, alors réfugié dans la région, viennent authentifier les peintures dès la fin du mois de septembre. Breuil, autorité incontestée de la préhistoire européenne, comprend immédiatement l’importance de ce qu’il voit. La grotte est classée monument historique dès le 27 décembre 1940, en pleine Occupation. Le comte de La Rochefoucauld, propriétaire du terrain, fait aménager l’entrée, et le site ouvre au public en 1948, après la guerre. Le succès est immédiat: jusqu’à mille visiteurs par jour s’engouffrent dans une cavité qui n’avait jamais connu qu’un air stable et une obscurité complète.
Ce qu’ils découvrent tient en quelques centaines de mètres de galeries. La salle des Taureaux, avec ses aurochs longs de plus de cinq mètres, ouvre sur le diverticule axial, souvent comparé à une voûte peinte. Viennent ensuite le passage, la nef avec ses cerfs nageant et sa grande vache noire, l’abside criblée de gravures, et le puits, où une scène énigmatique montre un homme à tête d’oiseau renversé devant un bison éventré. Au total, les spécialistes dénombrent près de six mille figures, dont environ six cents animaux peints et plus de mille cinq cents gravures.
Les peintres du Magdalénien
Les auteurs de ces œuvres appartiennent au Magdalénien, dernière grande culture du Paléolithique supérieur en Europe occidentale. Les datations proposées pour Lascaux oscillent entre 17 000 et 21 000 ans avant le présent selon les méthodes et les prélèvements; la fourchette la plus souvent retenue place l’essentiel du décor autour de 18 000 ans. Ces groupes de chasseurs-cueilleurs vivaient au bord de la Vézère dans un paysage de steppe froide où circulaient rennes, chevaux, bisons et aurochs. Or le renne, base de leur alimentation, est presque absent des parois: les artistes ne représentaient pas ce qu’ils mangeaient, mais ce qui, pour des raisons que nous ignorons, méritait d’être figuré.
Les techniques employées témoignent d’une maîtrise réfléchie. Les pigments, oxydes de fer pour les rouges et les jaunes, oxydes de manganèse et charbon pour les noirs, étaient broyés puis appliqués au doigt, au tampon de fourrure ou soufflés à travers un tube pour obtenir des dégradés. Les peintres ont utilisé le relief naturel de la roche pour donner du volume à un poitrail ou à une encolure, et des échafaudages, dont les trous d’ancrage subsistent dans le diverticule axial, pour atteindre la voûte. Des lampes à graisse en grès, dont un exemplaire remarquable a été retrouvé dans le puits, éclairaient leur travail.
C’est la chapelle Sixtine de la préhistoire.
Formule attribuée à l’abbé Henri Breuil, 1940
Le décor compte environ 600 animaux peints et près de 1 500 gravures, relevées pour l’essentiel par l’abbé André Glory entre 1952 et 1963. Le cheval domine, avec plus de la moitié des figures, devant les cerfs, les aurochs et les bisons ; le renne, pourtant gibier principal de ces chasseurs, n’apparaît qu’une fois, et l’homme du puits reste la seule figure humaine. Pour peindre la voûte du diverticule axial, à plusieurs mètres du sol, les Magdaléniens ont dressé des échafaudages dont les encoches sont encore visibles dans la paroi. En 1960, Glory découvre dans le puits une lampe de grès rose, taillée et polie, dont la cuvette contenait encore des traces de charbon: elle est conservée au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.

La grotte qui a failli mourir de son succès
Dès les années 1950, les conservateurs constatent l’apparition de taches vertes sur les parois. La respiration de centaines de visiteurs, la lumière électrique et le gaz carbonique ont modifié l’équilibre de la cavité: des algues prolifèrent, c’est la « maladie verte », tandis qu’un voile de calcite, la « maladie blanche », commence à ternir les couleurs. Le 20 avril 1963, André Malraux, ministre des Affaires culturelles, décide la fermeture au public. La décision, brutale pour l’économie locale, sauve les peintures. Depuis lors, seuls quelques scientifiques et techniciens entrent dans la grotte, quelques jours par an.
La menace n’a pourtant pas disparu. En 2001, des moisissures blanches liées à un champignon, puis des taches noires dans les années suivantes, ont imposé de nouvelles interventions et une surveillance permanente du climat souterrain. Un conseil scientifique international suit désormais le site, dont la fragilité rappelle celle d’autres témoins du passé lointain, comme les alignements de Carnac, eux aussi soumis à la pression touristique.
La grotte appartenait à la famille de La Rochefoucauld, propriétaire du domaine, qui l’ouvrit au public en 1948 après avoir fait aménager l’entrée, un escalier et un éclairage électrique. L’État ne l’acquiert qu’en 1972. Deux des inventeurs y ont consacré leur vie: Jacques Marsal, redevenu guide après la guerre, veille sur la cavité jusqu’à sa mort en 1989, et Marcel Ravidat, disparu en 1995, reste le premier à être entré dans la grotte. Une plaque, à Montignac, rappelle le nom des quatre adolescents et celui du chien.
De Lascaux II à Lascaux IV
Pour répondre à l’attente du public, un fac-similé des deux secteurs les plus spectaculaires, la salle des Taureaux et le diverticule axial, est ouvert en 1983 à deux cents mètres de l’original: c’est Lascaux II, réalisé par la peintre Monique Peytral à partir de relevés précis. Une exposition itinérante, Lascaux III, parcourt le monde à partir de 2012. Enfin, le 15 décembre 2016, le Centre international de l’art pariétal, dit Lascaux IV, ouvre ses portes au pied de la colline de Montignac. Conçu par l’agence norvégienne Snøhetta, le bâtiment abrite une réplique intégrale de la grotte, reproduite au millimètre par l’Atelier des fac-similés du Périgord, ainsi que des espaces d’interprétation qui replacent Lascaux dans l’ensemble des grottes ornées de la région.
Car la Vézère n’est pas qu’une grotte: une quinzaine de sites préhistoriques et de grottes ornées de la vallée, dont Font-de-Gaume, Les Combarelles et l’abri de Cro-Magnon, sont inscrits au patrimoine mondial depuis 1979. Cette densité exceptionnelle a valu au Périgord le surnom de « vallée de l’Homme », et fait de cette partie du Périgord l’un des territoires les mieux documentés pour comprendre les sociétés du Paléolithique. Le lecteur curieux trouvera d’autres dossiers sur les origines lointaines du territoire français dans notre rubrique Civilisations anciennes.
Repères
Lascaux IV occupe un bâtiment de béton et de verre de 8 500 mètres carrés, dessiné par l’agence norvégienne Snøhetta et glissé dans le flanc de la colline pour ne pas dominer le paysage. La réplique, réalisée par l’Atelier des fac-similés du Périgord à Montignac, reproduit près de 900 mètres carrés de parois, au millimètre, à partir de relevés numériques en trois dimensions. Le chantier a coûté environ 57 millions d’euros. Le centre accueille de l’ordre de 400 000 visiteurs par an, sans qu’aucun d’eux n’approche la grotte originale, toujours fermée à quelques centaines de mètres de là.

- 12 septembre 1940: découverte de la grotte par quatre adolescents de Montignac.
- 27 décembre 1940: classement au titre des monuments historiques.
- 1948: ouverture au public; 20 avril 1963: fermeture définitive décidée par André Malraux.
- 1979: inscription des sites préhistoriques de la vallée de la Vézère au patrimoine mondial.
- 1983: ouverture de Lascaux II; 15 décembre 2016: ouverture de Lascaux IV.

